article écrit le 10 avril 2008 après une nuit très agitée.
Bonsoir a tous, nan maintenant c'est plutôt bonjour !!!
Je crois que je pourrais pas dormir ce soir, je viens de rentrer chez moi en ayant passé la pire des soirées...et celle la elle va resté gravée un moment !
Je sens que je vais vous écrire un roman mais tant pis ca me soulagera un peut.
Je ne suis pas encore sapeur pompier bien que j'espère l'être prochainement et mon AFPS remonte a il y a 4 ans...pour vous dire que sans expérience régulière j'ai oublié au moins la moitié de tout ce que l'on m'a appris...pourtant ce soir j'ai du me remémorer tout mon stage tant bien que mal...
J'habite a Nice a côté de la frontière et je devais aller passer la soirée en Italie a côté de Gênes avec 2 copines, et aller retrouver la 3ème copine (qui travaille la bas depuis quelques temps). Ca devait être une soirée pour me changer les idées.
Je part donc de chez moi tranquillement parce que la route est trempée, et il n'a pas plu depuis quelques temps a Nice donc je fait attention...je vais chercher mes deux copines et on est partit pour 2h de route pour se rendre a Gênes.
Arrivés a Gênes on rejoint notre copine Léa qui y vie. Elle ne semble pas avoir le moral. On va prendre un verre, et bizarrement elle passe sa soirée a envoyer des sms, sympa pour nous 3 qui avons fait 2h pour la voir! Au bout d'un moment, sans prévenir elle fond en larmes. Elle vient de se faire plaquer par son mec...et oui...2 ans passés ensemble et elle se fait plaquer par sms, je vous passe les commentaires! Elle commence a devenir toute blanche et a ne pas se sentir bien. Elle décide donc de nous laisser en plan. Nous on lui dit de rester avec nous pour en parler et ne pas la laisser toute seule. Elle veut absolument partir et nous fait une crise de nerf en plein café, cris, pleurs, tremblements, bref la totale...elle se dirige vers sa voiture.
J'aime pas trop voir des gens énervés et en pleine crise de nerfs monter à bord de leur voiture, c'est jamais prudent, moi même lorsque ça arrive je me gare sur le côté, et j'attends que ça passe! En plus elle avais un peut bu, bon en dessous de la limite, deux petits verres (petit je précise) mais ça en rajoutais a son cas. Je lui dis de faire gaffe, de nous appeler lorsqu'elle rentrera, mais je ne suis même pas sure qu'elle m'ai entendu le dire. Elle part comme une furie dans sa Punto...je le sent vraiment mal, alors je dis à mes deux autres copines de me suivre rapidement à ma voiture.
On monte toutes dans ma voiture et ni une ni deux je la suis, tout en harcelant Léa sur son téléphone ! Bien entendu elle ne répond pas et commence a emprunter les petites routes de montagne prés de chez elle. Sous la pluie ! Je la suis avec ma voiture, elle est a plus de 90km/h dans certaines portions, n'importe quoi! Ma voiture est déjà plus approprié a ce type de routes et a ce type de conduite et pourtant je la sent décrocher du bitume...je commence sérieusement a m'énerver mais je ralentie a une vitesse normale pour mes deux passagères qui ne vont pas tarder a vomir, et puis question sécurité c'est pas top! Tant pis on rejoindra Léa chez elle. Oui...chez elle sauf que...
Sauf que d'un coup on entend juste un peut plus loin un bruit de crissements de pneus et des bruits de métal...la c'est le silence général dans la voiture. Mes copines étaient en train de me crier dessus a cause de ma conduite, et d'un coup silence général, ça nous a calmé. Je ralentis, je n'ose pas savoir ce qui a pu se passer et de qui proviennent les bruits que l'on a entendus. La route est sombre et il n'y a pratiquement pas d'habitations, ce n'est donc pas très rassurant.
Je ralentis de plus en plus et dans un virage je trouve la barrière de sécurité défoncée et la Punto de Léa dans un arbre juste en face. La c'est une vision dure à supporter. Il pleut, on voit mal la route, il y a une odeur de brûlé, la voiture de Léa fume encore, et il y a un silence, un silence si lourd, je sens mon c½ur battre à toute vitesse, les larmes qui montent aux yeux. Je ne saurais pas dire le temps qu'il m'a fallu pour enfin revenir à la réalité et prendre conscience de la gravité de la situation, mes copines pareilles.
Lorsque j'ai enfin décidé de me bouger j'ai tout de suite bougé la voiture en dehors du virage à cause manque de visibilité. Je l'ai placé a peut prés a 50m en amont en fin de ligne droite, avec phares, antibrouillards avant et arrière, warnings. J'ai pris mon triangle de sécurité et mes dossards réfléchissants (j'en ai toujours deux) qui sont obligatoires en Italie. Je les tends a mes deux copines et leur dit de se mettre les dossards et d'aller placer le triangle plus bas que la voiture a Léa...l'une d'elle a pris le tout et s'est exécutée, l'autre s'est écrouler par terre elle ne tenais plus sur ses jambes et elle pleurais. Je ne pourrais pas compter sur elle pour m'aider c'est certain! Je lui dit quand même de se mettre sur le côté de la route et je fonce en courant vers la voiture a Léa...
Sa voiture est défoncée de partout, il n'y a plus d'arrière. Le tronc de l'arbre arrive jusque dans l'habitacle, j'ai une peur atroce. J'ai même eu un mouvement de recul, je ne voulais pas savoir ce que j'allais trouver à l'intérieur. En plus j'y vois a peine avec ma lampe de poche et phares de ma voiture trop loin et mal orientés. Je m'approche de la voiture et j'ouvre la portière avec pas mal de difficulté, j'ai du tirer de toutes mes forces pour pouvoir l'ouvrir a cause de la tôle. La je vois Léa avec la tête appuyée sur le volant, pas de ceinture évidement. Là je doit faire quoi??? Trou de mémoire complet! Je demande à la copine qui signale la route d'appeler les pompiers vu que je n'ai pas mon téléphone sur moi. Elle me dit que ça ne marche pas! La conne le 18 marche pas évidement, faire le 112 ! Elle s'occupe donc d'appeler le 112 pendant que moi je commence à faire le bilan de Léa.
J'appelle Léa, pas de réaction, j'essaye de voir si elle répond avec les yeux, avec les mains. Rien du tout. Je cris plus fort et là j'entends un gémissement, assez faible. Je m'approche d'elle pour lui poser des questions, mais la elle a commencé a vomir. Ensuite plus rien, elle a eu comme des tremblements pendant quelques secondes. Je réessaye de l'appeler elle ne répond pas. La je commence a paniquer, qu'est ce que je doit faire a partir de maintenant? Je prend son pouls il est normal, environ 80 pulsations minutes (pris sur 15sec). Je regarde sa respiration, je n'arrive pas a voir sa poitrine respirer, même en passant ma main sur son ventre. Je n'ose pas la bouger pour sentir sa respiration. Le premier "truc" qui m'est passé à l'esprit a été de me lécher la main pour qu'elle soit humide et donc sentir par le froid un peut de respiration (vous voyez ce que je veux dire?), bref tjr rien. Là je n'ai pas le choix il va falloir que je la sorte de là a tout prix.
L'avantage c'est qu'elle pèse 55kgs tout mouillé donc ça devrait être facile. Mais un poids mort à déplacer ce n'est pas aussi facile que ça! Et à l'AFPS ils ne nous ont pas montré comment sortir quelqu'un d'un véhicule! Je me tortille dans tous les sens pour essayer d'avoir des prises, en me battant avec la portière qui me retombait dessus. J'essaye d'appeler ma copine toujours au téléphone avec les pompiers (heureusement qu'elle se débrouille en italien) mais elle leur demande comment je doit la sortir du véhicule. J'appelle mon autre copine, impossible de lui faire faire un autre mouvement, elle est assise en train de pleurer et en train de fixer la voiture de Léa. Pas de chance, mon entraînement sportif que je suis en ce moment n'est pas encore au point! J'essaye de déplacer Léa en lui laissant le buste à la verticale, en calant sa tête contre la mienne, dans le creux de mon épaule, un bras par dessus, un bras par dessous, j'y arrive tant bien que mal. Je la traîne comme ça, les pieds traînant par terre sur les quelques mètres qui nous séparent de la chaussée, pour la mettre sur une surface plate. Je l'allonge par terre, je lui enlevé les boutons du jean, son écharpe aussi. Elle est toujours inconsciente et ne répond pas (pas de clignements de paupières, pas de mouvements des mains, rien du tout).
Je contrôle son pouls, sa respiration, tout va bien, en quelque sorte j'ai un poids en moins sur le c½ur. Je vais pour la mettre en PLS, et au moment de lui passer sa jambe par dessus l'autre, je me rends compte qu'elle a une cuisse énorme et qu'elle saigne! Pas du tout normal. Je regarde de plus prés, sa cuisse est déformée. Je pense tout de suite au fémur. Je cours a la voiture chercher mon couteau dans la boite a gant, je reviens pour lui couper son jean et vérifier par moi même. Sa cuisse est énorme et a un angle impressionnant, un angle qui ne devrais pas être là! En plus de ça, ça saigne vraiment beaucoup, et ça ne s'arrête pas malgré mes tentatives pour essuyer. Ce n'est pas vraiment beau à voir. Et il commence à y avoir de plus en plus de sang. Comment je n'ai pas pu m'en rendre compte avant? J'applique donc un point de compression en cherchant le pli de l'aine. J'appuie fort avec le bras tendu dés que je sens l'artère, et j'attends, j'attends, j'attends... ça semble être une éternité. Pourtant j'entends rapidement le 2-ton qui arrive. Quel soulagement! Enfin des gens qui saurons quoi faire! Si ça se trouve j'ai tout mal fait depuis le début !
Enfin je les vois arriver, ma copine leur fait des grands signe de la main pour nous montrer, il y a un VSAV et un autre (que je n'ai pas regardé j'avoue). Ils sortent tous des camions, 5 se précipitent sur moi et Léa. Il y en a un qui m'emmène à l'écart avec une couverture (oui il pleuvait pas mal pour arranger les choses!). Il me demande ce que j'ai fait, ce que j'ai vu, et surtout comment ça va. C'est quand il m'a demandé comment ça allait que j'aie enfin pu fondre en larme. Alala tant de stress! Il m'a dit que je n'avais rien à me reprocher et que visiblement je m'étais bien débrouillée toute seule et que je n'aurais rien pu faire d'autre. C'est encourageant mais pas suffisant tant que l'on ne connais pas l'état de santé de Léa et étant donné que j'ai eu l'impression de tout faire de travers, que je n'étais sûre d'aucun gestes que j'ai effectué. Pendant tout le temps où je parlais à ce pompier je n'ai même pas vu ce qu'ils ont fait à Léa et ils l'avaient déjà embarqué dans le VSAV. On a eu la permission de les suivre jusqu'à l'hôpital.
Arrivé à l'hôpital on n'a pas eu le droit de voir Léa, on nous a juste donné des nouvelles au fur et a mesure par le biais des infirmières qui venaient nous voir dans la sale d'attente. Elle a repris conscience sur le chemin de l'hôpital et une fracture ouverte du fémur et apparemment rien a signaler au niveau de la colonne vertébrale, rien au niveau du cerveau. Sa mère que l'on a prévenue nous a rejoint et on est rentré chacune chez nous.
Le trajet du retour n'a pas été joyeux, personne n'a parlé. Moi je n'arriverais pas a dormir ce soir c'est certain, d'ailleurs le roman que je viens d'écrire m'a bien soulagé. Dés demain j'organise un débriefing avec les filles et je passerais à l'hôpital pour voir Léa.
S'il vous plait, je pense avoir pas mal détaillé ce qui s'est passé hier soir, sûrement que vous n'avez pas du tout lire (et je vous comprends), mais j'aimerais savoir une chose. Dites moi sincèrement si j'ai fait quelque chose de travers, dites moi si j'ai bien fait de la sortir de la voiture, dites moi ce qu'il va et ce qu'il ne va pas. Parce que se souvenir de son AFPS dans de telles conditions c'était vraiment pas facile et j'ai l'impression d'avoir paniqué. Je veux toujours (et encore plus a partir de maintenant) faire sapeur pompier volontaire, mais j'ai un doute sur mes compétences
Ce qui s'est passé depuis Mercredi 09 Avril 2008:
- mercredi 09 avril: accident de Léa
- jeudi 10 avril: on nous annonce un nez cassé, brulures, contusions, traumatisme crânien, fracture ouverte du tibia avec artère perforée.
- vendredi 11 avril: j'ai Léa au téléphone qui me dit que "tout va bien"
- samedi 12 avril: j'ai la mère de Léa au téléphone qui m'annonce qu'elle viens de sombrer dans le coma et que l'on a découvert 2 oedemes cérébraux.
- dimanche 13 avril: la mère de Léa m'annonce que dans la nuit de samedi a dimanche Léa a été "morte cérébrale". Un second bilan a été effectué l'après midi même et a été confirmé.
Mon amie d'enfance n'est donc plus vraiment de ce monde, on n'attends plus grand chose. Elle est toujours dans le coma mais il n'y a aucune chance pour qu'elle réouvre les yeux un jour. Il faut donc attendre maintenant qu'elle s'en aille d'elle même. Je ne sais pas si en Italie ils peuvent "débrancher" les machines et arrêter tous traitements tant qu'elle est encore "vivante".
Sa mère se retrouve donc aujourd'hui complètement seule, a savoir qu'elle n'est pas mariée, qu'elle ne connais pas le père de Léa, qu'elle n'a personne dans sa vie, pas d'autre famille ni d'autres enfants. Je vais rester prés d'elle quelques temps mais malheureusement je ne serais pas toujours là.
Suite a des examens plus approfondis, ils ont découverts a la suite de sang qu'elle se droguait et pas qu'un peut. Avec les examens de la tête qu'elle a subit, ils ont pu constater également que sa cloison nasale était complètement "bouffée" suite a l'usage vraiment vraiment vraiment trop abusé de cocaïne. Ca n'a donc pas facilité son rétablissement. Comme quoi même des amies d'enfances ne finissent pas comme on le voudrais, et que chacun avais son jardin secret, je n'aurais jamais imaginée un jour qu'elle puisse se droguer, en prenant du recul il me semble bien qu'elle devenais un peut spéciale, mais sur le coup je n'ai jamais remarqué quoi que ce soit.
Je m'en veux, j'ai plein de "si" qui me traversent la tête. Si je lui avais arraché ses clés de voiture, si on y était pas allé, si on ne l'avais pas suivit, si, si, si, ca me ronge je l'avoue parce que ca me touche énormément. C'est la première fois ou j'ai a intervenir sur un cas aussi grave, pas beau a voir, dans des conditions misérables, sur une amie que j'ai trés bien connu, ... pourtant je suis prête a renouveler l'expérience et je suis d'autant plus déterminée a devenir sapeur pompier !
- jeudi 1 Mai: La mère de Léa m'annonce qu'elle est DCD dans l'après midi. Paix a son âme, elle est certainement mieux ou elle est maintenant. On attend la date de l'enterrement.